J’ai appris plus tard que c’était un océan, l’océan Atlantique que j’ai mis si longtemps à traverser, long voyage vers l’inconnu, vers nul part. Est-ce que ce sont les chaînes qui nous rendent si noirs ? Non. Pourtant, il n’y avait que des noirs, des nègres, enchaînés et des blancs autour, libres. Et c’est là que j’ai compris, en arrivant de l’autre côté. Tout ce que j’avais entendu, pendant la traversée, n’était pas que légende. Je quittais un marché pour en rejoindre un autre, à peine différend, plus grand et le jeune chameau c’était moi …

J’étais jeune quand j’ai quitté mon pays, franchi l’océan. Quitter un pays, une vie, pour construire le pays et la vie d’autres gens au delà de l’océan. J’étais jeune quand ils m’ont vendu comme esclave. Trop jeune pour comprendre. Il fait nuit et j’ai bien vieilli depuis, il paraît que je suis libre maintenant. Libre, encore un mot que je découvre, mais le suis-je réellement, ou juste assez pour apprendre à lire et à écrire ? Lire et continuer à écrire ma vie et celle de mes frères de couleurs, enfin réaliser le rêve effleuré avant de partir. « I have a dream », disait-il, et si ce rêve devenait le mien …