Extinction des feux

Soir d’automne, si sombre, si lugubre que la Lune s’est enfuie . Minuit, les réverbères s’allument enfin, l’espace de quelques soubresauts sur l’entrée d’un hôtel sans nom que deux bretelles d’autoroute aérienne maintiennent debout. Un vent léger joue avec des lambeaux d’affiches. quelques volutes de fumées tournoient autour de piles de béton frais. Deux couples d’habitués dans ce grand nul part, traînent juste assez longtemps pour les voir disparaître dans cet estomacs à fenêtres. Dernier flash, extinction des feux. La nuit grince et claque des dents.
Le premier couple passe derrière le comptoir vers l’ancienne cuisine et s’embrasse goulûment en poussant les portes battantes. Le deuxième a pris une chambre côté rien. Une veste en jean traîne sur le sol, les casseroles s’entrechoquent. Un jean tombe au pied d’une gazinière. Pendant ce temps dans les étages, le couple en cuir et tatouages se roule des pelles en roulant contre les murs. De la lumière dans une chambre, elle a tout ce qu’il faut, vieux lit au sommier rouillé, matelas jaunit par le temps et quelques cafards. Le mec tombe le cuir et se laisse attacher au sommier. C’est un homme, un vrai, quelques cordelettes ne lui font pas peur. La gazinière n’est pas très confortable. Elles s’installent sur une table, l’une en dessous noirs sur une peau blanche, l’autre en jean 501 classique. Leurs baisers sont fougueux, mais il en faut plus. Elle commence à désapper sa compagne quand elle tombe sur une queue. Ce n’était pas prévu au programme, elle doit fuir ! Étendu sur le lit, les bougies coulent en goutte à goutte sur sa peau à demi nue. Les frissons de brûlures l’excite, les coups de cravache le font bander. Il est à point et décolle du lit ; il aime les femmes vigoureuses et le whisky frelaté lui monte à la tête. Un queue énorme lui déchire les entrailles ; ce n’était pas prévu au programme. Il réalise un peu tard, travelo, whisky drogué. Il sombre sous les coups de butoir. Un mur de parpaing en guise d’issue de secours et le monstre la rattrape par les cheveux. Elle hurle, se débat, essaie de saisir un couteau, mais le premier coup de queue lui fait tout lâcher. Mur de parpaings pour issue de secours, viol au bout du parcours. Son agresseur la menace de la pointe du couteau. Elle se débat, le couteau plonge coupant le dernier lien du soutien gorge. Elle s’effondre, pantin inanimé, un filet rouge glisse autour du galbe d’un petits sein de Bakélite. Réveil douloureux, couvert de cire et de foutre. Les cordelettes lui entailles les poignets, putain de fil d’acier. Dehors le tonnerre gronde, l’hôtel tremble. Tirer sur les cordes ne fait qu’entailler d’avantage la chair de ses poignets. L’odeur du sang frais attire les cancrelats, alors que le plafond arrive à toute vitesse pour l’embrasser. Le tonnerre s’acharne, envahit l’espace et le temps. L’hôtel frissonne, tremble et se débarrasse de sa vieille peau poussiéreuse. Il hésite, vacille et s’écroule comme un vieux château de carte. Poussières de destins sous les rayons de soleil qu’une nuée de bulldozers et camions emporte loin d’une autoroute ultra-moderne.